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jeudi 9 octobre 2014

[Disneyland Paris] De l'art de présenter les chiffres ...


On a beaucoup disserté en long, en large, mais aussi en travers sur l'opération financière présentée comme un "sauvetage" de Eurodisney SCA, alias Disneyland Paris par la maison-mère The Walt Disney Compagny, que ce soit dans les médias ou sur différents comme DCP, la Gazette, AmeWorld ou Central Park. Mais je pense que la petite explication de texte ci-dessous est excellente et je remercie son auteur pour la partager ...

Euro Disney n'est pas le gouffre financier qu'il prétend être, bien au contraire !
Comme les medias ne sont pas fichus de faire un travail d'investigation correct et se bornent à recracher la communication de Euro Disney SCA, je me permets ce billet un peu long qui explique pourquoi Euro Disney est en fait une machine à cash très profitable.
Commençons par reprendre les chiffres de 2013: Chiffre d'Affaires Euro Disney SCA: 1 309 millions d'€. Charges: - 1 336 millions = -27.5 millions
Et voilà en 2 lignes on a expliqué comment on est en perte !
On rajoute encore quelques taxes et un peu de ceci et de celà et EuroDisney perd 78 millions en 2013. Ca semble facile, non ?
Pourtant si on va regarder de plus près on voit planqué en petits caractères dans la catégorie dépenses: "royalties and management fees were €76.5 million and €76.8 million, respectively." Donc 153 millions partent en royalties et frais de gestion.
Qu'est-ce donc que celà ?
Allons voir le rapport financier 2013 de la maison mère (The Walt Disney Company, TWDC) et effectivement pour Disneyland Paris: "Euro Disney S.C.A. is required to pay royalties and management fees to the Company based on the operating performance of the resort".
Et bim !
Les 153 millions (nets d'impôt: ce sont des charges, pas des profits) partent en ligne directe vers la maison mère aux USA. Ca représente un profit correspondant à 11.5% du chiffre d'affaire du resort Disneyland Paris. C'est très honorable, non ? Beaucoup de sociétés, grandes et petites d'ailleurs, rêveraient d'un tel taux de profitabilité !
Et sans ce "soutirage à la source" magique ®, Eurodisney serait tout simplement bénéficiaire! Bénéfice sur lequel il faudrait évidemment prélever des impôts, payer des dividendes aux actionnaires etc. Et comme il y a 33% d'impots sur les sociétés et que TWDC n'est actionaire qu'à 40% de EDSCA (la société francaise qui gère le parc), il ne resterait plus que 27% du pactole à envoyer aux USA donc on comprend bien qu'ils préfèrent se servir avant tout le monde et en avoir 3 fois plus ! Et c'est comme ça chaque année, et chaque année après que la maison-mère se soit fort généreusement servi, EuroDisney se retrouve en perte et vient larmoyer dans ses rapports financiers sur la crise, la météo, ou que sais-je. Le tout est largement repris sans une once d'esprit critique par les différents médias, trop contents de venir passer une journée chez Mickey au frais de... la princesse !
Pourquoi l'Etat ne fait rien ?
Disneyland Paris, c'est 5.33 milliards de TVA et impôts payés entre 1992 et 2012 années (en moyenne 267 millions par année). C'est 50 000 emplois directs et indirects. Alors on comprends bien qu'on ne va pas aller chercher des noises pour 30 petits millions à une entreprise qui rapporte déjà autant. Par ailleurs (et là c'est de la spéculation de ma part) il est possible que ce montage ait été implicitement/explicitement accepté dans la convention signée avec l'Etat français en 1987.
Bon et puis les profits d'EuroDisney, ca représente quoi à l'échelle des parcs Disney en général ?
Il y a un peu beaucoup de chiffres. Pour les allergiques, direction plus bas !
On parle de 150 millions d'euros soit 190 millions de dollars. Le profit des Parcs Disney dans le monde entier en 2013 c'est 2 200 millions $. Disneyland Paris contribue donc, à la louche, à 8.5% du profit de l'activité Parcs de Disney.
Le chiffre d'affaire de Paris étant de 1.6 millards de dollars la part revenant à TWDC est de 640 millions (au prorata de son actionnariat) sur les ~14 milliards de CA pour tous les parcs Disney dans le monde, Paris représente 4,6% du chiffre d'affaire et génère 8.5% du profit mondial des parcs Disney. Sa performance, grâce à l'artifice financier des management fees et des royalties, est presque deux fois meilleure que la moyenne des autres parcs du groupe!
Clairement, loin d'être le gouffre financier dont les medias se gargarisent, Disneyland Paris, ça rapporte, et c'est plutôt même une bonne grosse vache à lait !
40% de l'actionnariat mais 100% des profits et net d'impôts, s'il vous plait!
C'est ça la "Magie®" Disney ! Vous pensiez que c'était Mickey et les princesses?
Perdu !
Mais alors, qui est le dindon de la farce si ce n'est pas Disney ni l'Etat ?
Retour en arrière, direction 1989. EuroDisney entre en bourse et lève des actions d'une valeur nominale de 10 F, vendues à 72 F pièce. 170 millions d'actions dont 51% sont achetées dans le public. Le public donne donc à Disney 170 millions x 51% x 72 F = 6,242 milliards de F à Disney pour des actions Eurodisney, dont, parcomania/disneymania de l'époque oblige, on attendait de bons dividendes et une bonne évolution du cours.
6,242 milliards de francs de 1989, avec l'inflation et tout et tout ca fait 1.450 milliards d'euros de 2013 (merci l'INSEE) . Donc ça, c'est l'argent qu'a mis "le privé" dans Euro Disney en 1989 pour en tirer un retour sur investissement.
On accélère en 2013. 25 ans plus tard, sauf erreur de ma part aucun dividende n'a été versé ! (merci le soutirage des profits à la source dont on a parlé plus tôt).
Bon, et les actions elles valent quoi aujourd'hui? Là, c'est un peu compliqué il y a eu des restructurations, mais en gros, ce que propose Disney, c'est de racheter les actions qui restent, l'occasion pour les investisseurs de la première heure de récupérer leur mise ? Laissez-moi rire !
Il reste en gros 39 millions d'actions dont 60.2% ne sont pas détenues par Disney. Disney en propose 1.25€ pièce. Le coût de l'opération pour tout racheter : 30 millions d'euros.
OK, 30 millions c'est beaucoup. Maintenant on compare avec les 1450 millions payés 1989, ca fait seulement 2% du prix d'origine ! C'est comme si vous mettiez 1000€ sur un compte en banque, que pendant 25 ans la banque ne versait pas d'intérêt et que après 25 ans elle vous dise que vos 1000€ ne valent plus que 20 €. C'est un bon deal non ? En tout cas pour la banque qui rafle la mise ;-(
Une autre manière de le voir c'est de dire que c'est 57 millions d'euros par année qui ont été siphonnés du portefeuille des actionnaires (qui n'ont jamais touché un centime de dividendes rappelons-le). Certains (beaucoup?) de ces actionnaires étaient des petits porteurs. Des monsieur/madame Tout-le-monde.
Alors ce dindon de la farce ? Il me semble que c'est déjà clairement les actionnaires qui ont perdu la quasi totalité de leur mise.
Mais il n'y a pas que les actionnaires, il y a aussi les salariés qui ne touchent pas d'intéressement et dont les augmentations sont limitées "car la situation est difficile, la crise, tout ça..." et qu'on met sous pression.
Et il y a aussi le visiteur, parce que forcément pour être le plus profitable possible, il faut un max de chiffre d'affaire (donc un parc blindé avec des heures de queue partout) et garder les coûts les plus bas possible. Donc on fait le moins de maintenance possible (faut-il faire le lien avec les accidents récents comme celui de Big Thunder Mountain ?), on réduit des plages horaires de certaines attractions, on repeint moins souvent. Bref, l'expérience visiteur se dégrade fortement, mais sur chaque journée au parc, en moyenne, même avec toutes les promos et réduction, c'est 10 € nets par visiteur qui partent droit vers les USA !
Et je ne parle pas d'autres procédés plus obscurs qui permettent aussi de rapatrier discrètement des fonds vers la maison mère. Saviez-vous qu'une attraction Disney coute près de 5 fois plus qu'une attraction de qualité similaire dans un parc concurrent ? Et que le parc n'achète pas l'attraction au constructeur directement, mais à une division/filiale de la maison mère aux Etats-Unis qui s'occupe de tout et facture ses services à prix d'or (voir "The Development Agreement" dans le rapport financier d'Euro Disney S.C.A.) ? Ca vous semble opaque et louche? Ca vous rappelle l'affaire Bygmalion ? Comme c'est bizarre 
Voilà, c'était un peu long, mais j'espère que j'ai pu faire un peu de lumière sur l'enfumage financier que pratique Eurodisney avec le concours des medias depuis 25 ans.
EuroDisney c'est magique, mais la Magie ®, elle est surtout pour The Walt Disney Company et ses actionnaires, à vous de choisir le bon camp...
Je précise que à ma connaissance, je n'ai pas et n'ai jamais possédé d'action EuroDisney ou TWDC, je ne suis donc pas intéressé au problème. J'ai suivi la question d'EuroDisney SCA ces dernières années par curiosité et j'ai simplement été atterré par le traitement qui en a été fait par les différents médias.

1 commentaire:

  1. Merci pour ce très bon article.

    Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse qui consiste à dire que le montage financier est un enfumage de premier ordre, que la TWDC ne s'en sort pas aussi mal qu'elle le prétend, que l'Etat s'en sort bien et a intérêt à fermer les yeux sur certains "détails", que le petit actionnaire s'est violemment fait avoir et que le visiteur est un pigeon qui paie beaucoup trop cher pour les services qu'on lui vend.

    Cependant, je nuancerais tout même certains propos (même si le fond reste juste) :

    1. Même si le montant est excessif, le principe des royalties est justifié. Si les visiteurs viennent en masse à DLP, c'est pour vivre au milieu du rêve Disney (personnages, histoires d'enfance, parade, etc.). Il est logique qu'EuroDisney paie pour l'utilisation de cette image (comme le fait TDL d'ailleurs). Enlever la marque Disney à DLP et l'attrait pour les visiteurs diminue dans une proportion très importante. Donc, on ne peut pas simplement dire que les royalties constituent dans leur entièreté un transfert financier "douteux" (en partie oui, en partie non).

    2. En parallèle à tout ça, il faut aussi dire que TWDC a constenti des efforts financiers importants pour maintenir le système en vie (reprise des dettes des banques, lignes de crédit "illimitées", renflouages multiples, conversion de dette en capital, etc.). Ceci vient nuancer le constat (même si il ne l'annule pas évidemment) : TWDC a tout de même "rendu" une partie de ce qu'il a "empoché" dans l'aventure.

    Enfin, je me permets une question : si le resort était aussi profitable que ça pour TWDC, pourquoi avoir arrêté les phases de développement prévues (pourquoi avoir fait les WDS aussi petits / nuls ? pourquoi pas de 3° parc ? de lava lagoon ?) ?

    Si le resort était aussi florissant, toutes ces choses auraient été faites ; or, elles ne l'ont pas été...

    Je pense que, même si tout n'est pas aussi noir qu'on le prétend, il reste des vrais problèmes de fond à DLP (dimensionnement initial, inadéquation entre l'offre et la demande, etc.) qui pèsent sur la rentabilité de l'ensemble.

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